L’école guinéenne, un véritable champ de batailles

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Pratiquement, depuis 2016-2017, une série de crises sans précédent secoue sans cesse l’école guinéenne qu’on peut qualifier, désormais et sans hésitation, d’un véritable champ de batailles. Un champ de batailles où s’affrontent d’une part les syndicalistes entre eux ; d’autre part, le SLECG d’Aboubacar SOUMAH et les ministères en charge de l’éducation, notamment le MENA et le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique. Le tout sous l’œil vigilant de la société civile, le parti au pouvoir, l’opposition, élèves et parents d’élèves, les médias et les PTF jouant les rôles de catalyseurs, d’observateurs, de supporters ou de simples résignés.

Malgré les protocoles d’accord signés respectivement en Mars 2018 et Janvier 2019, on ne parvient toujours pas à sortir de ces crises répétitives. Nous arrivons à un stade où tout le monde commence à en avoir marre de cette situation compromettante de l’avenir même de la Nation.

-Quelles sont les causes profondes de cette nouvelle « grève générale et illimitée » déclenchée par le SLECG d’Aboubacar SOUMAH ?
-Comment s’en sortir une fois pour toute ou de façon durable?
Telles sont, entre autres, des questions qui méritent une analyse très profonde de la part de tous les acteurs pour une stabilité durable dans le secteur de l’éducation.

En effet, une crise mal gérée engendre toujours d’autres crises plus bouleversantes. Tel fût le cas des précédentes crises au sein du secteur de l’éducation en Guinée. Parmi les causes profondes de ces crises récurrentes, nous pouvons noter :

Le manque de professionnalisme : toutes les crises précédentes ont été gérées dans la précipitation, sans analyse profonde. Mieux encore, les engagements pris par le gouvernement n’étaient pas réalistes et, le suivi et l’évaluation rigoureux des protocoles d’accord n’ont jamais été de mise. Nul ne peut nier que l’amélioration des conditions de vie et de travail des enseignants est une condition sine qua none de la qualification du système éducatif, mais, il faudrait reconnaître que c’est tout un processus qui s’opère à court, moyen et long termes. L’augmentation des salaires n’est pas la seule solution pour sortir les enseignants de ces conditions de vie et de travail précaires. A celle-ci s’ajoutent : la construction des logements sociaux, la construction et/ou la rénovation et l’équipement des établissements d’enseignement adéquats, la facilitation du transport à travers la mise à disposition de bus scolaire et universitaire, la subvention alimentaire, l’octroi de microcrédits aux enseignants,…Ø

Faillite institutionnelle : Il n’est l’ombre d’aucun doute que l’une des principales causes des crises répétitives au sein de l’éducation est, et demeure, la faillite institutionnelle. Une faillite qui se manifeste d’une part par la guerre de leadership qui règne au sein du mouvement syndical dont les différentes composantes se livrent à des batailles fratricides ahurissantes (SLECG version SOUMAH, SLECG version Kadiatou, SNE, FSPE, SNAESURS,…) ; d’autre part, par le manque de confiance entre le SLECG d’Aboubacar SOUMAH et le gouvernement, le non respect des protocoles d’accord ainsi que le problème d’égos dont font preuve tant bien certains syndicalistes que certains membres du gouvernement et/ou hauts cadres de l’administrations soupçonnés d’ingérence dans les affaires syndicales.

Pour sortir de cet imbroglio persistant aux conséquences désastreuses, deux propositions s’avèrent plus que nécessaires à savoir :

  1. La mise en place d’un comité de crise autonome et impartial : comme l’avait suggéré l’observatoire citoyen du système éducatif guinéen (OCSEG), un tel comité pourrait mieux faire face aux revendications syndicales. Par-dessus tout, le comité pourrait aussi explorer les voies et moyens pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des enseignants de façon durable.

Le comité serait composé comme suit :

  • Des représentants du gouvernement ;
  • Des représentants du mouvement syndical de l’éducation ;
  • Des représentants de la société civile ;
  • Des représentants des PTF ;
  • Des représentants du Médiateur de la République et du Conseil Économique et Social (CES) ;
  • Des représentants du BIT et de l’Internationale de l’Education (IE)

Les principales missions du comité seront les suivantes :

  • Analyse objective et approndie de la plateforme revendicative du SLECG, puis, des conditions de vie et de travail des enseignants de façon générale ;
  • Proposition de solutions idoines et durables pour une meilleure stabilité dans le secteur de l’éducation ;
  • Le suivi et l’évaluation de l’application stricte du protocole d’accord qui sera signé.

NB : Le comité devrait être constitué de façon officielle et les membres nommés par décret. Il aura ainsi la latitude de copter des experts (des particuliers ou un cabinet) dans le cadre de ses missions.

  1. La restructuration du secteur de l’éducation : pour une refondation profonde, efficace et efficiente de l’éducation nationale, il est très imminent de la restructurer en un seul et unique ministère. Ainsi, on pourrait nommer un ministre qui sera aidé par trois secrétaires d’Etat (secrétaire d’Etat chargé de l’éducation nationale et de l’alphabétisation, secrétaire d’Etat chargé de l’enseignement technique et la formation professionnelle, secrétaire d’Etat chargé de l’enseignement supérieur et la recherche scientifique). Il serait plus judicieux de nommer de nouvelles figures à la tête du ministère et des secrétariats d’Etat ; des personnalités compétentes, intègres et qui ne font pas partie du système.

Aboubacar Mandela CAMARA
Sociologue/Enseignant-Chercheur/Consultant en éducation

 

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